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Home Eurosurveillance Monthly Release  2005: Volume 10/ Issue 7 Article 1 Printer friendly version
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Eurosurveillance, Volume 10, Issue 7, 01 July 2005
Editorial
Populations vulnérables : les leçons de la canicule de l’été 2003 en Europe

Citation style for this article: Brücker G. Populations vulnérables : les leçons de la canicule de l’été 2003 en Europe. Euro Surveill. 2005;10(7):pii=551. Available online: http://www.eurosurveillance.org/ViewArticle.aspx?ArticleId=551

 

Gilles Brücker
Director, Institut de Veille Sanitaire, Saint-Maurice, France

 


Quelle leçon devons-nous tirer de la vague de chaleur, exceptionnelle par sa sévérité et sa durée, que l’Europe a connu en 2003 ?

Tout d’abord que ces vagues de chaleur peuvent être responsables d’un excès considérable de mortalité : certainement plus de 50 000 morts pour l’Europe en août 2003. Les conséquences ont été probablement sous évaluées dans beaucoup de pays, tout au moins dans les premières évaluations. Cet excès de mortalité touche des groupes vulnérables, personnes âgées et personnes malades surtout. L’identification des facteurs de risques est une tâche prioritaire pour mettre en œuvre les actions indispensables de prévention.

L’âge est bien sûr l’un de ces facteurs majeurs, notamment à partir de 75 ou 80 ans mais les facteurs associés à l’âge sont déterminants. Ainsi, des études cas témoins, en particulier faites en France ont montré pour ces personnes âgées le rôle essentiel de la perte d’autonomie, de l’isolement social, mais aussi du type de logement notamment en milieu urbain, sous les toits, dans des îlots de chaleur sans espaces verts.

Face à ces phénomènes de chaleur, ce sont les évolutions et les modes d’organisation de nos sociétés qui sont ainsi directement mis en question. Le vieillissement important de la population, en particulier la part croissante des personnes très âgées, leur mode de vie dans nos cités (mode de logement, intégration sociale) ou dans des établissements d’accueil (qualité des soins, qualité de la prise en charge), constituent des enjeux majeurs à venir.

Les prochaines décennies vont être marquées par la convergence de trois phénomènes qui vont faire du risque exceptionnel vécu en 2003, un risque récurrent à prendre en compte de façon prioritaire dans nos politiques de santé.
Ces trois phénomènes sont : l’évolution démographique, la pollution atmosphérique et le réchauffement de la planète.
- Sur l’évolution démographique on peut aisément prévoir que la part de la population des plus de 80 ans, hautement vulnérable va s’accroître au fil des ans avec l’allongement de l’espérance de vie. Le 25ème congrès international de la population qui s’est tenue en juillet fait ce constat que l’humanité vieillit et que sur l’ensemble de la planète, la part des plus de 60 ans va doubler dans les 30 ans à venir. Ce vieillissement est particulièrement marqué dans les pays industrialisés, et notamment en Europe.

- La pollution de l’air a joué un rôle indéniable mais très variable dans la sévérité des conséquences de cette vague de chaleur. Ainsi la part de la pollution à l’ozone imputable à la surmortalité a pu être évaluée dans neuf villes françaises entre 3 % et 85 %. Il existe une hétérogénéité des effets conjoints de la température et de l’ozone.

- Enfin l’analyse des évolutions thermiques et météorologiques sur le long terme au cours des décennies passées souligne la réalité du phénomène de réchauffement de la planète et les probabilités élevées de nouvelles vagues de chaleur à venir.
Nous ne pourrons donc plus alléguer la surprise face à ces événements climatiques et à leurs conséquences. Il nous faut renforcer les politiques de prévision, d’alerte et de prévention nécessaires.

De fait la plupart des pays européens ont désormais mis en œuvre des systèmes de surveillance et d’alerte. Ces systèmes sont tous marqués par une réelle incertitude quant aux prévisions de survenue de ces phénomènes. De plus les conséquences attendues de ces vagues de chaleur en fonction de leur durée, leur intensité et les populations touchées sont difficiles à prévoir avec précision. En d’autres termes la valeur prédictive positive d’une poussée thermique vis-à-vis de la surmortalité reste médiocre lorsqu’on analyse les séries historiques de vagues de chaleur et de mortalité. Le choix de la sensibilité des seuils d’alerte est difficile. Choisir des indicateurs biométéorologiques de température trop élevés risque de faire méconnaître la réalité des risques liés à des vagues de chaleur moins sévères.
Tout ne peut donc reposer sur un système d’alerte, aussi élaboré soit-il.

Le système d’alerte doit avoir pour objectif d’enclencher à bon escient des mesures renforcées d’intervention et de prévention auprès des populations vulnérables. Cependant, les incertitudes de l’efficience de ces actions, déclenchées dans l’imminence ou l’urgence d’une menace climatique, soulignent l’importance d’une réflexion de fond capable de prévenir ces risques à venir, indépendamment de tout système d’alerte.

C’est pourquoi l’analyse des déterminants de la surmortalité lors des vagues de chaleur est si importante. Elle pose la question de notre capacité à répondre aux besoins des personnes vulnérables : exigences architecturales en matière d’urbanisme capable de réduire les effets d’îlots de chaleur, mais aussi volonté de renforcer le lien social avec les personnes vulnérables, en premier lieu les personnes âgées dépendantes, et d’améliorer la qualité des équipements et la qualification des personnes en charge de ces populations dans les hôpitaux et établissements d’accueil.

Ainsi, si certains ont cru voir, avec fatalisme, dans ce phénomène caniculaire, un événement naturel aux conséquences somme toute inéluctables, l’étude épidémiologique, environnementale, et sociologique révèle combien les carences dans la prise en charge de ces populations fragiles, et les développements urbanistiques et architecturaux mal contrôlés, aggravent les risques sanitaires liés aux conditions climatiques.

Une fois encore, les politiques de surveillance constituent les éléments irremplaçables pour l’anticipation et la gestion de ces risques. Dans le domaine des risques climatiques, une réflexion concertée au niveau européen apparaît particulièrement nécessaire.

L'article complet est disponible en anglais

 

 



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