| Quelle leçon devons-nous tirer de la vague de
chaleur, exceptionnelle par sa sévérité et sa durée,
que l’Europe a connu en 2003 ?
Tout d’abord que ces vagues de chaleur peuvent être responsables
d’un excès considérable de mortalité : certainement
plus de 50 000 morts pour l’Europe en août 2003. Les conséquences
ont été probablement sous évaluées dans beaucoup
de pays, tout au moins dans les premières évaluations.
Cet excès de mortalité touche des groupes vulnérables,
personnes âgées et personnes malades surtout. L’identification
des facteurs de risques est une tâche prioritaire pour mettre en œuvre
les actions indispensables de prévention.
L’âge est bien sûr l’un de ces facteurs majeurs,
notamment à partir de 75 ou 80 ans mais les facteurs associés à l’âge
sont déterminants. Ainsi, des études cas témoins,
en particulier faites en France ont montré pour ces personnes âgées
le rôle essentiel de la perte d’autonomie, de l’isolement
social, mais aussi du type de logement notamment en milieu urbain, sous
les toits, dans des îlots de chaleur sans espaces verts.
Face à ces phénomènes de chaleur, ce sont les évolutions
et les modes d’organisation de nos sociétés qui sont
ainsi directement mis en question. Le vieillissement important de la
population, en particulier la part croissante des personnes très âgées,
leur mode de vie dans nos cités (mode de logement, intégration
sociale) ou dans des établissements d’accueil (qualité des
soins, qualité de la prise en charge), constituent des enjeux
majeurs à venir.
Les prochaines décennies vont être marquées par
la convergence de trois phénomènes qui vont faire du risque
exceptionnel vécu en 2003, un risque récurrent à prendre
en compte de façon prioritaire dans nos politiques de santé.
Ces trois phénomènes sont : l’évolution démographique,
la pollution atmosphérique et le réchauffement de la planète.
- Sur l’évolution démographique on peut aisément
prévoir que la part de la population des plus de 80 ans, hautement
vulnérable va s’accroître au fil des ans avec l’allongement
de l’espérance de vie. Le 25ème congrès international
de la population qui s’est tenue en juillet fait ce constat que
l’humanité vieillit et que sur l’ensemble de la planète,
la part des plus de 60 ans va doubler dans les 30 ans à venir.
Ce vieillissement est particulièrement marqué dans les
pays industrialisés, et notamment en Europe.
- La pollution de l’air a joué un rôle indéniable
mais très variable dans la sévérité des conséquences
de cette vague de chaleur. Ainsi la part de la pollution à l’ozone
imputable à la surmortalité a pu être évaluée
dans neuf villes françaises entre 3 % et 85 %. Il existe une hétérogénéité des
effets conjoints de la température et de l’ozone.
- Enfin l’analyse des évolutions thermiques et météorologiques
sur le long terme au cours des décennies passées souligne
la réalité du phénomène de réchauffement
de la planète et les probabilités élevées
de nouvelles vagues de chaleur à venir.
Nous ne pourrons donc plus alléguer la surprise face à ces événements
climatiques et à leurs conséquences. Il nous faut renforcer
les politiques de prévision, d’alerte et de prévention
nécessaires.
De fait la plupart des pays européens ont désormais mis
en œuvre des systèmes de surveillance et d’alerte.
Ces systèmes sont tous marqués par une réelle incertitude
quant aux prévisions de survenue de ces phénomènes.
De plus les conséquences attendues de ces vagues de chaleur en
fonction de leur durée, leur intensité et les populations
touchées sont difficiles à prévoir avec précision.
En d’autres termes la valeur prédictive positive d’une
poussée thermique vis-à-vis de la surmortalité reste
médiocre lorsqu’on analyse les séries historiques
de vagues de chaleur et de mortalité. Le choix de la sensibilité des
seuils d’alerte est difficile. Choisir des indicateurs biométéorologiques
de température trop élevés risque de faire méconnaître
la réalité des risques liés à des vagues
de chaleur moins sévères.
Tout ne peut donc reposer sur un système d’alerte, aussi élaboré soit-il.
Le système d’alerte doit avoir pour objectif d’enclencher à bon
escient des mesures renforcées d’intervention et de prévention
auprès des populations vulnérables. Cependant, les incertitudes
de l’efficience de ces actions, déclenchées dans
l’imminence ou l’urgence d’une menace climatique, soulignent
l’importance d’une réflexion de fond capable de prévenir
ces risques à venir, indépendamment de tout système
d’alerte.
C’est pourquoi l’analyse des déterminants de la surmortalité lors
des vagues de chaleur est si importante. Elle pose la question de notre
capacité à répondre aux besoins des personnes vulnérables
: exigences architecturales en matière d’urbanisme capable
de réduire les effets d’îlots de chaleur, mais aussi
volonté de renforcer le lien social avec les personnes vulnérables,
en premier lieu les personnes âgées dépendantes,
et d’améliorer la qualité des équipements
et la qualification des personnes en charge de ces populations dans les
hôpitaux et établissements d’accueil.
Ainsi, si certains ont cru voir, avec fatalisme, dans ce phénomène
caniculaire, un événement naturel aux conséquences
somme toute inéluctables, l’étude épidémiologique,
environnementale, et sociologique révèle combien les carences
dans la prise en charge de ces populations fragiles, et les développements
urbanistiques et architecturaux mal contrôlés, aggravent
les risques sanitaires liés aux conditions climatiques.
Une fois encore, les politiques de surveillance constituent les éléments
irremplaçables pour l’anticipation et la gestion de ces
risques. Dans le domaine des risques climatiques, une réflexion
concertée au niveau européen apparaît particulièrement
nécessaire. |