|
Introduction
Le virus Norwalk-like (VNL ou Small Round Structured Virus, renommé
Norovirus en 2002 (1)) est de plus en plus souvent reconnu comme l’agent
étiologique responsable de flambées sporadiques ou épidémiques
de gastro-entérite virale. Les symptômes cliniques d’une
infection à VNL ont été décrits pour la
première fois en 1929 (2). L’agent causal, un petit virus à
ARN classé parmis les calicivirus entériques humains,
fut isolé par microscopie électronique en 1972, à
partir d’échantillons cliniques prélevés en 1968
lors d’une épidémie de gastro-entérite dans une
école de Norwalk, dans l’Ohio aux Etats-Unis (3). Le virus Norwalk-like
est très répandu dans la nature, l’homme étant
le seul réservoir connu (4). Il provoque une maladie relativement
typique, caractérisée par l’apparition soudaine de vomissements
et de nausées, avec une diarrhée plus ou moins sévère
(5). Ces signes gastro-intestinaux peuvent être associés
à de la fièvre, des myalgies et des maux de tête.
La période d’incubation varie de 15 à 50 heures, et les
symptômes durent en moyenne entre 12 et 60 heures. Parmi les modes
de transmission figurent la nourriture (en particulier les fruits de
mer crus), l’eau, la glace, la transmission de personne à personne
et les aérosols de particules virales (6,7).
Historique
Au matin du dimanche 27 janvier 2002 (11 h 30), un avion transportant
des touristes malades en provenance d’Andorre a atterri à Dublin
en Irlande. De nombreux passagers présentaient des symptômes
gastro-intestinaux. Les services d’urgence alertés étaient
sur place à l’arrivée de l’avion. Le vol, en provenance
de Toulouse (France) transportait des touristes revenant d’une semaine
de ski en Andorre, du 20 au 27 janvier. Deux heures après cette
alerte, un second avion, également en provenance de Toulouse
et transportant également des touristes venant d’Andorre, avec
le même tour operator, s’est posé à Belfast, en
Irlande du Nord. De nombreux passagers sur ce vol étaient eux
aussi malades. Les signes cliniques principalement décrits incluaient
des vomissements accompagnés de diarrhée. Les premiers
entretiens ont révélé que la maladie était
soudaine et de courte durée. A ce stade, aucune information sur
des cas en Andorre n’était disponible. Le Centre national de
surveillance des maladies transmissibles (National Disease Surveillance
Centre, NDSC) en Irlande et le Centre de surveillance des maladies transmissibles
de l’Irlande du nord (Communicable Disease Surveillance Centre-Northern
Ireland, CDSC-NI) ont initié une investigation commune afin d’identifier
la source et le véhicule possibles de l’infection.
Matériels et méthodes
Définition de cas
Un cas a été défini comme tout passager voyageant
sur l’un des deux vols en provenance d’Andorre, ayant séjourné
en Andorre du 20 au 27 janvier 2002, et présentant des nausées,
des vomissements ou une diarrhée (au moins trois selles liquides
par jour), au moins 48 heures après l’arrivée en Andorre,
ou dans les 48 heures suivant le retour.
Méthodes de recherche de cas
La liste des passagers des deux vols a été obtenue auprès
du tour operator. Un questionnaire leur a été posté
quatre jours après le retour à leur domicile sur l’île
d’Irlande, afin de recueillir les informations suivantes : données
démographiques, lieu de villégiature et type d’hébergement
en Andorre, présence de symptômes gastro-intestinaux pendant
les vacances, date de survenue et durée des symptômes,
contacts avec d’autres malades dans les trois jours précédant
le début de la maladie, aliments consommés au cours des
trois derniers jours de leur séjour ou au cours des trois jours
précédant le début de la maladie et lieu de consommation,
habitudes alimentaires et utilisation d’eau pendant leurs vacances,
si le médecin de famille avait été contacté
à cause de la maladie, et dans le cas d’une hospitalisation,
la durée du séjour à l’hôpital et les résultats
microbiologiques.
Les autorités sanitaires d’Andorre ont été informées
de l’épidémie et ont suggéré de mener une
recherche active de cas en Andorre.
Format de l’étude analytique
Une étude de cohorte rétrospective a été
menée chez les passagers des deux vols pour identifier le véhicule
potentiel et le mode de transmission de l’infection lors de cette épidémie.
Définition de l’exposition
L’épidémie est survenue chez des vacanciers en Andorre.
L’exposition a été recherchée en termes d’utilisation
et de consommation d’eau. Les voyageurs ont été également
interrogés sur les aliments consommés dans les 72 heures
précédant la maladie et sur le lieu de leur consommation.
Aucun détail sur la quantité d’eau ou de nourriture n’a
été recueilli.
Transmission secondaire
Pour rechercher les cas de transmission secondaire, nous avons particulièrement
suivi les cas qui sont survenus avant et après l’atterrissage
à Belfast et à Dublin.
Investigation microbiologique
L’investigation microbiologique a été réalisée
à partir de deux échantillons prélevés chez
des touristes d’Andorre résidant dans la région est de
la République d’Irlande. La présence du virus Norwalk-like
dans les prélèvements de selles a été recherchée
en utilisant deux techniques différentes de RT-PCR (amplification
génique après transcription inverse) (8,9).
Analyse statistique
Les taux d’attaque, les risques relatifs (RR), et les intervalles de
confiance à 95% (IC 95%) ont été calculés
en utilisant le logiciel Epi Info (version 6.04d) (10). Les facteurs
confondants ont été évalués par régression
logistique avec le logiciel SPSS (version 10.1.0 pour Windows) (11).
Résultats
Données épidémiologiques
Sur les 350 questionnaires postés, 234 (67%) ont été
retournés (tableau 1). Les répondants étaient majoritairement
des hommes jeunes (61%), avec une moyenne d’âge de 30,5 ans [fourchette
1 à 72 ans]. Au total, 95 voyageurs (41%) ont déclaré
dans leurs questionnaires avoir été malades, parmi lesquels
71 (75%) correspondaient à la définition de cas (soit
un taux d’attaque global de 30% (71/234)).
Tableau 1. Epidémie de gastroentérite chez des touristes
en Andorre, caractéristiques de l’étude. Janvier-février
2002
| |
Nombre / Number
|
Pourcentage / Percent
|
|
Cohorte des voyageurs / Traveller’s cohort
|
350
|
100
|
|
Vol de Dublin / Dublin flight
|
173 / 350
|
49
|
|
Vol de Belfast / Belfast flight
|
177 / 350
|
51
|
|
Personnes interviewées (taux de réponse) / Interviewed
(response rate)
|
234 / 350
|
67
|
|
Personnes malades / Ill people
|
95 / 234
|
41
|
|
Définition de cas remplie (population de l’étude)
/ Met Case Definition (study population)
|
71 / 95
|
75
|
|
Taux d’attaque global / Overall attack rate
|
71 / 234
|
30
|
Pour les 71 cas, la date et le moment de survenue de la maladie ont
été collectés. Les résultats montrent l’apparition
d’un petit nombre de cas au cours des cinq premiers jours du séjour
en Andorre, mais la plupart des cas (37/71) sont survenus le 27 janvier
(figure 1). Par la suite, le nombre de cas a considérablement
diminué. On note un petit foyer de cas le 23 janvier. Les données
sur la date et le moment du début de la maladie ont été
stratifiées par ville de résidence. La plupart des cas
survenus le 27 janvier (32/37) se trouvaient à Soldeu (figures
2 à 5).


Deux voyageurs ont présenté des symptômes le 21
janvier, deux autres le 22 janvier et 13 après le 29 janvier.
Ces voyageurs n’ont pas été inclus dans l’analyse car
ils ne remplissaient pas la définition de cas.
Les femmes (n=92) étaient 1,8 fois (IC 95 % [1,23–2,62]) plus
susceptibles d’être malades que les hommes. Le taux d’attaque
était plus faible dans le groupe des 0--19 ans, et similaire
pour les autres tranches d’âge (tableau 2).
Tableau 2. Taux d’attaque de gastroentérite spécifiques
à l’âge et au sexe (n=71) chez des touristes en Andorre,
janvier – février 2002
| |
Répondants
Respondents
|
Cas / Cases
|
Taux d’attaque (%)
Attack Rate° (%)
|
RR (IC 95%)
RR (95% CI)
|
|
Tous les cas / All cases
|
234
|
71
|
30
|
|
|
Sexe / Sex
|
|
|
|
|
|
Femmes / Female
|
92
|
39
|
42
|
1.8 (1.2 – 2.6)
|
|
Hommes / Male
|
142
|
32
|
22
|
reference
|
|
Groupe d’âge (années) /
Age class (years)
|
|
|
|
|
|
0 – 19
|
28
|
6
|
21
|
reference
|
|
20 – 29
|
84
|
28
|
33
|
1.4 (0.7 – 3.1)
|
|
30 – 39
|
74
|
26
|
35
|
1.5 (0.7 – 3.3)
|
|
>= 40
|
32
|
11
|
34
|
1.5 (0.6 – 3.5)
|
Les symptômes les plus fréquents incluaient des nausées
(85%), des vomissements (78%), une diarrhée (74%) et des douleurs
abdominales (52%). Parmi les autres signes figuraient des frissons (47%),
une pyréxie (44%), des maux de tête (31%) et une diarrhée
sanglante (4%).
La maladie a duré de 10 heures à 11 jours, avec une moyenne
de 48 heures.
Données géographiques
Parmi les répondants qui ont précisé le type d’hébergement
(221/234 = 94%), 157 (71%) avaient séjourné dans des hôtels
et 64 (29%) avaient choisi des appartements en location. Deux-cent vingt-sept
personnes ont donné des informations sur leur lieu de villégiature,
qui regroupait principalement quatre villes d’Andorre : Arinsal (19%,
42/227), El Tartar (12%, 27/227), Pas de la Casa (38%, 86/227), et Soldeu
(31%, 70/227).
Les touristes qui avaient loué des appartements étaient
1,5 fois plus susceptibles d’être malades que ceux ayant séjourné
dans des hôtels (IC95% [1,04–2,22]). Avoir séjourné
à Soldeu était associé à un risque 6,5 fois
plus grand d’être malade comparé aux autres villes (IC95%
[3,44 – 12,25]) (tableau 3).
Tableau 3. Taux d’attaque de gastroentérite chez des touristes
en Andorre, par type et ville d’hébergement (n=71). Janvier –
février 2002
|
Type d’hébergement Type of accommodation*
|
Répondants
Respondents
|
Cas
Cases
|
Taux d’attaque (%)
Attack Rate (%)
|
RR (IC 95%)
RR (95% CI)
|
|
Hôtel / Hotel
|
144
|
42
|
29
|
reference
|
|
Appartements en location
Self – catering apartments
|
61
|
27
|
44
|
1.5 (1 – 2.2)
|
|
Ville d’hébergement / Town of accommodation
|
|
|
|
|
|
Arinsal
|
37
|
9
|
24
|
2.2 (1 – 5.1)
|
|
El Tartar
|
25
|
6
|
24
|
2.2 (1 – 5.5)
|
|
Pas de la Casa
|
82
|
9
|
11
|
reference
|
|
Soldeu
|
66
|
47
|
71
|
6.5 (3.4 – 12.3)
|
* Données disponibles pour 69/71 cas / Data available for 69/71
cases.
Véhicule potentiel de l’épidémie
Les questionnaires sur la consommation d’aliments spécifiques
ou sur d’autres expositions communes n’ont pas donné de résultats.
Quatre-vingt-dix-sept pour cent des cas (n=69) avaient bu de l’eau minérale,
21% (n=15) de l’eau du robinet, 13% (n=9) de l’eau en carafe pendant
leur repas, et 76% des cas (n=54) avaient des glaçons dans leurs
boissons. Vingt-six pour cent des personnes étaient allées
dans une piscine et 95% des cas avaient utilisé l’eau du robinet
pour leur toilette personnelle (tableau 4).
Tableau 4. Taux d’attaque de gastroentérite spécifiques
à l’utilisation et à la consommation d’eau chez des touristes
en Andorre, janvier – février 2002
| |
Consommé / Utilisé Consumed-Used
|
Non consommé/Non utilisé
Not consumed/Not used
|
RR (IC95%)
RR (95% CI)
|
% cas exposés / % cases exposed
|
|
Consommation d’eau
Water consumption
|
Cas
Cases
|
Total
|
TA (%)
AR(%)
|
Cas
Cases
|
Total
|
TA (%)
AR(%)
|
|
|
|
Eau minérale Bottled water
|
69
|
203
|
34
|
2
|
12
|
16
|
2 (0.6 – 7.3)
|
97
|
|
Eau du robinet
Tap water
|
15
|
60
|
25
|
56
|
155
|
36
|
0.7 (0.4 – 1.1)
|
21
|
|
Glaçons dans les boissons
Ice cubes in drinks
|
54
|
136
|
39
|
17
|
79
|
21
|
1.9 (1.2 – 3)
|
76
|
|
Eau en carafe sur les tables
Water in jugs on table
|
9
|
24
|
37
|
62
|
191
|
32
|
1.2 (1 – 2)
|
13
|
|
Utilisation de l’eau / Water use
|
|
Douche / Shower
|
67
|
202
|
33
|
4
|
13
|
31
|
1.1 (0.5 – 2.5)
|
94
|
|
Dents / Teeth
|
68
|
202
|
34
|
3
|
13
|
23
|
1.5 (0.5 – 4)
|
96
|
|
Piscine /
Swimming pool
|
19
|
41
|
46
|
52
|
174
|
30
|
1.5 (1 – 2.3)
|
26
|
La consommation de glaçons dans les boissons était associée
à un risque deux fois supérieur d’avoir une gastro-entérite
que la prise de boissons sans glaçon (IC 95% [1,2–3]).
Le risque d’avoir une gastro-entérite était 1,1 fois
plus grand lorsque les voyageurs avaient utilisé l’eau du robinet
pour se laver ou se brosser les dents (IC 95% [0,5–2,5] ; IC 95% [0,5–4]
respectivement), 2 fois plus grand s’ils avaient consommé de
l’eau minérale (IC 95% [0,6–7,3]), et 1,5 fois s’ils s’étaient
baignés dans une piscine (IC 95% [1–2,3]).
Les données ont été stratifiées par ville
de villégiature. La plupart des cas (79%, 19/24) survenus dans
d’autres villes qu’à Soldeu sont tombés malades après
être rentrés en Irlande. Parmi les touristes de Soldeu,
le taux d’attaque était plus élevé chez ceux qui
avaient des glaçons dans leur boisson (RR = 2,3, IC 95% [1,3–4,2]).
Les voyageurs ayant consommé de l’eau minérale étaient
moins susceptibles d’être malades (RR = 0,7, IC 95% [0,6–0,8])
(tableau 5).
Tableau 5. Taux d’attaque spécifiques des facteurs de risque
de la gastroentérite (n=47) chez des touristes séjournant
à Soldeu, janvier – février 2002
| |
Consommé-Utilisé Consumed-Used
|
Non consommé-Non utilisé
Not consumed-Not used
|
RR (IC95%)
RR (95% CI)
|
% de cas exposés
% cases exposed
|
|
Consommation d’eau
Water consumption
|
Cas
Cases
|
Total
|
TA (%)
AR(%)
|
Cas Cases
|
Total
|
TA (%)
AR(%)
|
|
|
|
Eau minéale / Bottled water
|
46
|
65
|
71
|
1
|
1
|
100
|
0.7 (0.6-0.8)
|
98
|
|
Eau du robinet /
Tap water
|
8
|
10
|
80
|
39
|
56
|
69
|
1.15 (0.8 – 1.6)
|
17
|
|
Glaçons dans les boissons /
Ice cubes in drinks
|
40
|
47
|
85
|
7
|
19
|
37
|
2.3 (1.3 – 4.2)
|
85
|
|
Eau plate sur la table /
Water in jugs on table
|
7
|
9
|
77
|
40
|
57
|
70
|
1.1 (0.7 - 1.6)
|
15
|
|
Utilisation de l’eau / Water use
|
|
Douche / Shower
|
46
|
65
|
71
|
1
|
1
|
100
|
0.7 (0.6 - 0.8)
|
98
|
|
Dents / Teeth
|
46
|
64
|
72
|
1
|
2
|
50
|
1.4 (0.4 – 5.8)
|
98
|
|
Piscine /
Swimming pool
|
16
|
22
|
73
|
31
|
44
|
70
|
1.1 (0.7 – 1.4)
|
34
|
Les résultats de l’analyse par régression logistique
montrent qu’après ajustement pour le sexe, la consommation et
l’utilisation d’eau, la consommation de glaçons chez les personnes
ayant séjourné à Soldeu restait encore fortement
associée à la probabilité d’être malade (OR
= 2,5, IC 95% [1,3–4,6) (tableau 6).
Tableau 6. Résultats d’une régression logistique ajustée
pour le sexe, la consommation et l’utilisation d’eau chez des touristes
séjournant à Soldeu, janvier-février 2002
| |
Odds ratio
|
Intervalle de confiance à 95%
95% Confidence Interval
|
|
Glaçons dans les boissons
Ice cubes in drinks
|
2.5
|
1.3 - 4.6
|
Transmission secondaire
Pour rechercher les cas de transmission secondaire de la maladie, nous
avons examiné la consommation de glaçons chez les cas
survenus à Soldeu, avant et après leur arrivée
à Belfast et à Dublin. La consommation de glaçons
pendant leur séjour à Soldeu était associée
de manière significative à la probabilité d’être
malade (RR = 2,5, IC 95% [1,3–5]) (tableau 7).
Tableau 7. Risque relatif de gastroentérite lié à
la consommation de glaçons chez des touristes à Soldeu,
par date de survenue, janvier 2002
|
Vol (27 janvier 2002)
Flight (January, 27th 2002)
|
Nr de cas
No of cases
|
RR
|
IC 95%
95% CI
|
|
Avant / Prior to
|
48
|
2.5
|
1.3-5
|
|
Après / After
|
23
|
0.9
|
0.8-1.1
|
Investigation microbiologique
Le virus Norwalk-like (VNL) a été identifié dans
un prélèvement clinique issu d’un vacancier. L’autre résultat
était négatif, mais la qualité du prélèvement
était douteuse.
Investigation environnementale
Les résultats de l’investigation environnementale, réalisée
par les autorités d’Andorre, ne sont pas encore connus à
ce stade.
Discussion
Les premiers objectifs de cette investigation étaient d’identifier
le mode de transmission, le véhicule de l’épidémie,
et également de fournir des recommandations adaptées pour
éviter d’autres épidémies.
La courbe épidémique suggère que, hormis la survenue
d’un nombre de cas stable de gastro-entérites, probablement liés
à un changement de régime alimentaire durant le séjour
en Andorre, la source possible commune de l’infection date du 25 janvier.
Malheureusement, aucune information signalant un évènement
particulier ce jour là à Soldeu n’était disponible.
Le petit foyer de gastro-entérites survenu le 23 janvier comportait
cinq cas qui avaient séjourné dans trois villes différentes.
Cependant, l’investigation n’a établi aucun lien entre eux.
Les cas dont la maladie est apparue après le 27 janvier (date
d’arrivée des deux vols) ont pu survenir par transmission de
personne à personne pendant les vols de retour vers Dublin et
Belfast.
Une des difficultés rencontrées portait sur le nombre
limité de prélèvements de selles, d’où des
difficultés pour la confirmation biologique du pathogène
responsable de l’épidémie. Il a été difficile
d’organiser le volet environnemental de l’investigation, car le prélèvement
des échantillons était réalisé dans un autre
pays, avec des protocoles et des procédures différents.
Cependant, l’étude épidémiologique a clairement
révélé un lien statistiquement significatif entre
la consommation de glaçons et la survenue de la maladie, en particulier
à Soldeu. Ce résultat était obtenu aussi bien par
analyse stratifiée que par régression logistique.
Les glaçons étant traditionnellement obtenus avec de
l’eau du robinet, une relation de causalité similaire était
attendue pour l’utilisation de l’eau du robinet. Cependant, aucune association
significative liée à l’utilisation de cette eau n’a été
retrouvée. Cela résulte probablement du faible pourcentage
de cas (17%) qui ont consommé de l’eau du robinet, ce qui rend
l’association trop faible pour trouver une différence statistique.
Nous n’avons pas pu évaluer d’effet dose/réponse, car
nous n’avons pas demandé quelle était la quantité
d’eau consommée. Nous pensions que cette information n’aurait
pas été disponible ni fiable. Les questionnaires sur l’exposition
spécifique aux aliments n’ont pas révélé
d’information sur des expositions communes.
Deux biais potentiels doivent être pris en compte dans l’étude
: les biais de sélection et d’information. Ils sont liés
à la façon dont les informations sont recueillies. Tous
deux ont pu conduire à une surestimation du risque associé
à la consommation de glaçons. Pourtant, d’après
le taux de réponse obtenu, l’exactitude des résultats
devrait être assurée.
Nos données suggèrent, d’après la symptomatologie,
les résultats microbiologiques et la durée de la maladie,
que le véhicule possible de l’infection impliquait les glaçons
consommés dans les boissons. Cela est particulièrement
évident à Soldeu et les données suggèrent
également que le virus Norwalk-like (petits virus de structure
arrondie, Small round structured virus, SRSV) pourrait être le
pathogène responsable de cette épidémie.
Il est maintenant établi que les virus Norwalk-like (VNL) sont
les agents les plus fréquemment impliqués dans les épidémies
de gastro-entérites. Ils sont responsables d’épidémies
dans le monde entier, et sont disséminés fréquemment
par des aliments ou de l’eau contaminés (12–15). Aux Etats-Unis
d’Amérique, on estime que le virus Norwalk-like cause chaque
année 23 millions de cas de gastro-entérite, 50 000 hospitalisations,
et 300 décès (16). Au Royaume-Uni, l’incidence des gastro-entérites
liées au VNL est estimée à 1% de la population
par an (17).
Les gastro-enterites liées aux VNL ont tendance à survenir
de manière épidémique, bien que des cas sporadiques
puissent apparaître. Ces virus sont très contagieux et
se transmettent par différentes voies, comme la transmission
oro-fécale ou la transmission par les aérosols à
partir de fomites, qui expliquerait la dissémination rapide de
l’infection en milieu hospitalier (18).
Recommandations
Cette investigation souligne l’importance de la collaboration internationale
lors d’épidémies survenant dans des régions touristiques
où des personnes de diverses nationalités peuvent être
affectées. Le tourisme est la première industrie en Andorre
et une action rapide en réponse à de telles épidémies
est nécessaire.
Les recommandations des guides de voyage portent sur la consommation
et l’utilisation de l’eau, mais très souvent, les glaçons
peuvent transmettre des infections gastro-entériques (19). Là
où une contamination de l’eau potable est possible, les voyageurs
devraient être spécifiquement informés que les glaçons
aussi peuvent être contaminés, et qu’ils ne devraient donc
pas être utilisés dans les boissons. Les glaçons
pourraient être préparés avec de l’eau contaminée
et il vaudrait donc mieux s’en abstenir. Si la glace a été
en contact avec des contenants utilisés pour boire de l’eau potable,
les voyageurs doivent savoir qu’il faut nettoyer ces contenants, de
préférence avec un savon et à l’eau chaude après
que la glace ait été vidée (20,21).
|